Une fiche « adaptée dys » pour toute la classe : pourquoi ça ne suffit pas
Ce qui aide un élève peut en gêner un autre. Quelques exemples concrets, et une autre façon de faire.
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Vous avez trois élèves avec un PAP dans la classe. Vous prenez la fiche de maths de demain, vous passez en police adaptée, vous agrandissez, vous aérez, et vous photocopiez cette version pour les trois. C'est déjà beaucoup de travail, et c'est un vrai geste d'inclusion.
Pourtant, le lendemain, un seul des trois s'en sort mieux. Le deuxième n'a rien changé. La troisième a eu plus de mal qu'avec la fiche d'origine.
Ce n'est pas que l'adaptation était mal faite. C'est que les besoins de ces trois enfants ne vont pas dans le même sens.
Ce qui aide Léo peut gêner sa voisine
On parle souvent des « dys » comme d'un seul groupe. Dans la réalité d'une page d'exercice, les besoins se contredisent parfois. Prenons une fiche de maths de CE1 tout à fait ordinaire.
La fiche d'origine
Problèmes – Soustraction
1. Lis attentivement l'énoncé puis réponds à la question en écrivant une phrase réponse complète et en posant le calcul sur ton cahier. Léa a 12 billes. Elle en donne 5 à son frère. Combien de billes lui reste-t-il ?
2. Tom a 15 images. Il en perd 7 à la récréation puis en gagne 2. Combien d'images a-t-il maintenant ? Explique ta démarche.
3. Complète : 14 – 6 = … ; 11 – 4 = … ; 13 – 8 = … ; 17 – 9 = …
Pour Léo se laisse facilement distraire
Léa a 12 billes.
Elle en donne 5 à son frère.
- Calcule ce qui reste.
- Écris ta phrase réponse.
Exercice 2 → page suivante
Pour Inès lit lentement, confond les sons
Léa a 12 billes. Elle en donne 5 à son frère. Combien de billes lui reste-t-il ?
Épurer la page, ou y ajouter des aides ?
- Léo se laisse facilement distraire. Ce qui l'aide : une page presque vide. Un exercice à la fois, pas d'illustration décorative, rien dans les marges.
- Inès lit lentement et confond les sons. Ce qui peut l'aider : des syllabes alternées en couleur, un rappel de la règle en encadré, un exemple résolu en haut de page.
Pour Inès, ces ajouts sont des appuis. Pour Léo, ce sont autant de choses qui attirent l'œil ailleurs que sur la question. Une seule fiche ne peut pas être à la fois dépouillée et enrichie.
Écrire moins, ou avoir plus de place pour écrire ?
- Pour un enfant que l'écriture à la main fatigue beaucoup, on réduit la part d'écrit : cocher, entourer, relier, compléter un mot plutôt qu'une phrase.
- Pour un enfant qui a du mal à organiser sa page ou à tracer dans un petit espace, le problème n'est pas d'écrire, c'est la place : de grandes zones de réponse, des lignes plus hautes, pas de réponses à glisser entre deux mots.
Écrire moins écrire à la main le fatigue
Entoure le bon résultat.
14 – 6 = 789
11 – 4 = 678
Plus de place a du mal à organiser sa page
Écris le résultat dans la case.
Tout voir d'un coup, ou une étape à la fois ?
- Un enfant qui perd le fil sur les consignes longues gagne à avoir une consigne découpée en étapes numérotées, une action par ligne.
- Un enfant qui a besoin d'avoir une vue d'ensemble pour se rassurer peut au contraire être déstabilisé par un exercice haché en petits morceaux dont il ne voit pas le but.
La même police pour tous ?
Même la police, souvent présentée comme « l'adaptation dys » par excellence, n'est pas universelle. Certains enfants lisent mieux avec une police à grandes ouvertures comme Andika ou Luciole, d'autres ne voient aucune différence, et certains n'aiment pas du tout OpenDyslexic. La taille, l'interligne et l'espacement entre les lettres comptent souvent autant que la police elle-même, et le bon réglage varie d'un enfant à l'autre.
Une version « adaptée dys » unique est un compromis. Elle aide un peu tout le monde, beaucoup quelques-uns, et gêne parfois ceux qui en avaient le plus besoin.
« Dys » ne décrit pas un besoin
Il y a une raison simple à tout ça : un diagnostic ne dit pas ce qu'il faut changer sur la page.
- Deux enfants dyslexiques n'ont pas forcément les mêmes besoins. L'un bute sur le décodage, l'autre lit correctement mais très lentement et s'épuise au bout de dix lignes.
- Un même enfant a souvent plusieurs troubles. L'expertise collective de l'Inserm note que les troubles des apprentissages sont fréquemment associés entre eux, et qu'un trouble de l'attention accompagne un trouble de la lecture dans environ un quart des cas. Dans la communauté scientifique, cette association est considérée comme la règle plutôt que l'exception.
- Beaucoup d'élèves n'ont pas de diagnostic du tout, ou l'attendent depuis des mois, et ont pourtant des besoins visibles en classe.
C'est pour cela qu'il est plus utile de partir de ce qu'on observe (« perd sa ligne en lisant », « se décourage devant un texte dense », « aligne mal les chiffres en calcul posé ») que de l'étiquette. Notre guide pratique passe en revue quinze difficultés et les adaptations qui vont avec.
Le vrai frein : le temps
Aucun enseignant ne conteste qu'il faudrait idéalement une version par élève. Le problème est ailleurs : faire trois versions de la même fiche, à la main, pour demain matin, c'est une heure de plus un soir de semaine. Multipliée par le nombre de fiches, c'est intenable.
D'où le compromis de la version unique. Il n'est pas le fruit d'un manque de volonté, mais d'un manque de temps.
Adapter chaque fiche à chaque enfant, en une fois
C'est le point de départ de DysAdapt. Chaque enfant a un profil qui décrit ses besoins, pas son diagnostic : ce qui le gêne sur une page, la police, la taille et l'espacement qui lui conviennent. Vous prenez en photo la fiche d'origine, et DysAdapt produit la version de chaque enfant à partir de son profil.
Léo reçoit sa page épurée. Inès reçoit ses syllabes colorées et son exemple résolu. Le contenu de l'exercice reste le même pour tout le monde : seule la forme change.
Ce qui aide Léo peut gêner sa voisine.
DysAdapt adapte chaque devoir à chaque enfant.
À retenir
- Les besoins des élèves dys ne vont pas toujours dans le même sens : page épurée ou enrichie, écrire moins ou avoir plus de place, consigne découpée ou vue d'ensemble.
- Une version « adaptée dys » unique aide certains élèves et peut en gêner d'autres.
- Partir des difficultés observées est plus utile que partir du diagnostic.
- Le frein n'est pas la volonté, c'est le temps : c'est ce qu'un outil doit résoudre.
Sources
Inserm, Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie : bilan des données scientifiques, expertise collective, 2007, chapitres 12 et 13 : ipubli.inserm.fr.
Inserm, dossier Troubles spécifiques des apprentissages : inserm.fr.
Les fiches présentées sont des exemples illustratifs.